Le double abandon d’Aston Martin au Grand Prix du Mexique trouve son origine dans les difficultés du circuit de refroidissement du système hybride. Shintaro Orihara, responsable de Honda en piste, explique que l’altitude a révélé une faiblesse dans certaines conditions de fonctionnement, après des essais libres pourtant riches en kilomètres.
Fernando Alonso arrêté aux stands, Lance Stroll immobilisé en piste : les deux Aston Martin n’ont été créditées que de cinq tours à Mexico. Leurs abandons ont achevé un week-end au cours duquel l’AMR26 avait montré un rythme encourageant, avant que les problèmes de refroidissement ne compromettent les qualifications puis la course.
Shintaro Orihara, directeur général des opérations en piste et ingénieur en chef de Honda, situe la difficulté du côté du circuit de refroidissement de l’ERS, le système de récupération d’énergie du groupe propulseur. Il évoque des contraintes apparues dans des conditions particulières, sans détailler publiquement la pièce concernée ni la séquence exacte ayant conduit à l’arrêt des voitures.
Le refroidissement du système hybride en cause
« Nous avons constaté que notre circuit de refroidissement de l’ERS était soumis à des contraintes dans certaines circonstances particulières. Les tours de course se déroulaient normalement, mais dans certaines conditions, nous avons observé des contraintes sur notre circuit, ce qui a entraîné l’arrêt de la voiture. Cela vient de cette altitude élevée. » explique Orihara.
Le diagnostic porte donc sur le refroidissement de la partie hybride. Il ne permet pas d’affirmer que les deux voitures ont subi une casse du moteur thermique. Honda décrit un fonctionnement satisfaisant dans la plupart des situations, mais insuffisamment robuste lorsque certaines conditions se combinent à Mexico.
L’altitude constituait déjà un sujet de préoccupation pour Aston Martin avant les abandons. Mike Krack, responsable des opérations en piste de l’équipe, indique que le refroidissement avait représenté une difficulté dès le début du week-end. La température et le comportement du groupe propulseur faisaient partie des paramètres à surveiller, malgré les performances observées lors des essais.
Pourquoi les essais libres n’avaient-ils pas révélé toute l’ampleur du problème ?
Alonso avait parcouru environ 84 tours sur l’ensemble des trois séances libres. Son rythme, notamment en EL2, laissait entrevoir une possibilité de se battre dans le milieu du peloton. L’accumulation de kilomètres n’avait pourtant pas empêché le problème d’apparaître au moment des qualifications.
Dès la Q1, après une première tentative, l’Espagnol avait reçu l’ordre d’arrêter sa voiture en raison d’un problème de refroidissement du MGU-K, la machine électrique liée à la récupération et au déploiement de l’énergie. Sa séance s’était achevée avant qu’il puisse défendre ses chances jusqu’au bout.
Interrogé sur la différence entre les essais et la suite du week-end, Orihara insiste sur le caractère intermittent de la difficulté : « Le problème se produit dans certaines circonstances particulières. Dans 80 ou 90 % des cas, tout va bien, mais ces circonstances se sont présentées aujourd’hui, ainsi qu’hier. »
Les arrêts précoces n’ont pas fait baisser suffisamment les températures
Avant la course, Aston Martin avait changé le MGU-K d’Alonso et plusieurs éléments du groupe propulseur de Stroll. Les difficultés ont néanmoins réapparu presque immédiatement. Après des départs compliqués — Alonso évoquant un manque de puissance au lancement —, les deux pilotes ont été invités à lever le pied plus tôt pour tenter de maîtriser les températures.
L’équipe a ensuite rappelé ses deux voitures à la fin du troisième tour. L’objectif était de les sortir du trafic afin de faire redescendre les températures. Cette tentative n’a pas permis de poursuivre : Alonso a été rappelé aux stands pour abandonner, tandis que Stroll a reçu l’instruction de s’arrêter en piste.
« Quand j’ai vu Lance rentrer lui aussi, j’ai compris que nous avions un problème commun. » a expliqué Alonso. L’Espagnol estime que les contraintes propres à l’altitude ont probablement été sous-estimées du côté du groupe propulseur.
Honda doit aussi améliorer la gestion de l’énergie et l’agrément de conduite
Le bilan technique présenté par Orihara ne se limite pas au refroidissement. Honda avait préparé Mexico en travaillant notamment sur le temps de réponse du turbo. Selon l’ingénieur japonais, celui-ci pouvait être maîtrisé pendant la grande majorité des tours, mais certaines situations ont également mis en évidence des limites dans la gestion de l’ERS.
« Dans certaines circonstances particulières, notre gestion de l’ERS montre parfois un point faible. Nous devons gagner en robustesse pour ce type de circuit. » reconnaît-il.
Orihara évoque aussi l’agrément de conduite, c’est-à-dire la manière dont le groupe propulseur répond aux sollicitations du pilote. Là encore, Honda juge le comportement satisfaisant dans la majorité des tours, mais relève des situations où cette réponse ne convient pas au pilote. Les données enregistrées et les commentaires d’Alonso et de Stroll doivent être étudiés à l’usine pour préparer la suite du développement.
Alonso conserve sa confiance dans le projet 2027
La frustration d’Alonso tient au contraste entre les essais et les séances décisives du week-end. Après avoir beaucoup roulé vendredi et samedi matin, il n’a pu effectuer qu’un programme très limité en qualifications puis en course.
L’Espagnol affirme néanmoins conserver sa confiance dans la prochaine saison. Il indique qu’un nouveau moteur pour 2027 est déjà à l’essai au banc et considère que le châssis progresse dans la bonne direction. Orihara souligne de son côté que les enseignements de Mexico doivent nourrir le travail réalisé pour l’an prochain.
Le double abandon laisse ainsi Honda avec deux problèmes à traiter dans des conditions bien identifiées par leur contexte, mais encore peu détaillées publiquement : la tenue du refroidissement de l’ERS en altitude et la régularité de fonctionnement de la gestion hybride. Les changements de composants et les mesures prises en course n’auront pas suffi à les contenir à Mexico.



