La FIA veut renforcer la lutte contre les menaces et le harcèlement visant les pilotes, leurs proches et les personnes qui travaillent en Formule 1. Mohammed Ben Sulayem souhaite identifier les auteurs de ces attaques et utiliser les moyens d’exclusion dont dispose la fédération, avec l’appui des équipes, des médias et des plateformes numériques.
Dans un entretien accordé à The Drive, le président de la FIA décrit un problème qui dépasse largement les commentaires hostiles adressés aux pilotes après une course. Il évoque des menaces susceptibles d’atteindre leur entourage, mais aussi de pousser des officiels à quitter leurs fonctions.
Gasly visé par 13 000 menaces de mort, selon Ben Sulayem
Pour illustrer l’ampleur du phénomène, le dirigeant cite les attaques subies par Pierre Gasly après le Grand Prix d’Espagne, à la suite d’un épisode en piste avec son coéquipier chez Alpine, Franco Colapinto. Selon le récit de The Drive, les menaces ont également visé la compagne et la famille du Français.
« Pierre Gasly a reçu 13 000 menaces de mort ! 13 000 ! Si nous luttons seuls contre ce problème, nous échouerons ; nous ne pouvons pas y arriver seuls. » a déclaré Ben Sulayem.
Ce chiffre est avancé par le président de la fédération, sans que l’entretien ne précise la méthode utilisée pour le comptabiliser. Ben Sulayem évoque aussi le cas d’une commissaire ayant renoncé à poursuivre son engagement après des menaces de mort et de viol. Son inquiétude porte donc sur l’ensemble des personnes nécessaires à l’organisation des compétitions, y compris les bénévoles.
Identifier les auteurs et les exclure du sport
La réponse défendue par Ben Sulayem associe prévention et sanctions. Le président de la FIA souhaite mobiliser davantage les outils d’intelligence artificielle contre les comptes à l’origine de ces attaques. Il estime également que la fédération doit agir lorsqu’elle dispose d’un moyen d’intervention, notamment sur l’accès aux événements ou à ses espaces officiels.
« Notre mission est de sensibiliser et d’éduquer, et pas seulement la FIA. Nous devons aussi faire jouer notre influence. Si la haine vient d’un spectateur, nous l’excluons des courses, des événements, des plateformes officielles, etc. S’il fait partie des médias, nous l’excluons également, car nous en avons l’autorité. » explique-t-il.
Ces propos expriment une volonté de fermeté. Ils ne détaillent toutefois ni une nouvelle procédure de sanction, ni les moyens techniques permettant d’attribuer avec certitude un compte anonyme à une personne. L’identification des auteurs grâce à l’IA est présentée comme un objectif par Ben Sulayem.
Une mobilisation qui doit dépasser la FIA
Cette prise de position s’inscrit dans le prolongement de United Against Online Abuse, la coalition lancée en 2023 et soutenue par la FIA. Son travail associe recherche, sensibilisation et coopération entre organisations sportives, pouvoirs publics et acteurs du numérique.
La fédération utilise déjà des outils de modération sur ses propres réseaux sociaux. Ses règles communautaires prévoient notamment le masquage ou la suppression de contenus, le blocage de comptes et le signalement de messages abusifs. Cette modération constitue un premier niveau d’action, distinct de l’identification des personnes qui se cachent derrière certains profils.
Ben Sulayem demande aussi aux pilotes d’intervenir auprès de leurs propres supporters. À ses yeux, leur influence peut contribuer à désamorcer les campagnes d’hostilité déclenchées par une rivalité ou un incident en piste.
« Les pilotes ont aussi une responsabilité, car ils sont des ambassadeurs, des modèles, et protéger un autre pilote, c’est aussi se protéger soi-même. La FIA a une responsabilité ; les équipes ont une responsabilité ; vous, les médias, avez une responsabilité. » insiste-t-il.
Le président de la FIA appelle ainsi à une réponse collective face à des attaques qui touchent aussi bien les pilotes que leurs proches et les officiels. Sa position est claire : les auteurs de menaces ne doivent pas pouvoir considérer les réseaux sociaux comme un espace sans conséquences.
Les réseaux sociaux, un outil incontournable pour la machine marketing de la F1
Reste une difficulté de fond : dans une Formule 1 dont la puissance commerciale repose largement sur la visibilité de ses acteurs, se retirer des réseaux sociaux représente un choix lourd de conséquences.
Ces plateformes permettent aux pilotes et aux équipes de communiquer directement avec leurs supporters, de développer leur image et de donner de l’exposition à leurs partenaires. S’en passer, même pour se protéger, revient donc à renoncer à une partie des outils sur lesquels s’appuie la machine marketing du championnat.
Cette dépendance place les personnes visées dans une situation paradoxale : elles sont encouragées à se rendre toujours plus accessibles, tout en devant gérer les attaques que cette exposition peut favoriser. La protection contre le harcèlement ne peut dès lors reposer sur leur seul retrait de ces espaces.



