La tempête Antonelli a bousculé Russell chez Mercedes

8 novembre 2026 à 12:34
Le Britannique George Russell dans le paddock de la Formule 1 au Canada en 2026
© Mercedes F1 Media

En début de saison, j’aurais misé sur George Russell. Quand il a gagné en Australie devant Kimi Antonelli, je me suis dit que la suite lui appartenait enfin. Cela faisait quatre saisons qu’il attendait chez Mercedes une voiture avec laquelle il pourrait jouer le titre. Il l’avait. J’ai sous-estimé celui qui pilotait l’autre…

J’ai cru que l’expérience ferait la différence

Je me souviens du Russell de 2022. Il arrive dans l’équipe de Lewis Hamilton, termine devant lui au championnat et remporte son premier Grand Prix à Interlagos. C’est aussi à São Paulo, quatre ans plus tard, que sa colère à la radio m’a fait mesurer le chemin parcouru depuis, et surtout la place qu’Antonelli lui a prise.

J’avais de bonnes raisons de croire en Russell. Il avait tenu tête à Hamilton, puis devancé Antonelli lors de leur première saison ensemble en 2025. Il avait fini quatrième du championnat cette année-là, comme en 2022. En cinq saisons chez Mercedes, c’est encore le meilleur classement qu’il ait obtenu au terme d’une campagne. Je pensais qu’avec une voiture capable de gagner régulièrement, il allait enfin voir ce qu’il valait dans une lutte pour le titre. Antonelli lui a donné la réponse avant même que la saison soit terminée.

Le dimanche où j’ai changé d’avis

À Monza, je pensais que Russell allait gagner. Antonelli était parti 19e, et pourtant, à quatre tours de l’arrivée, c’est lui qui a pris la tête en dépassant son coéquipier. C’est cette image qui m’est restée du doublé Mercedes. Une semaine plus tard, à Madrid, Antonelli gagnait encore et Russell reconnaissait qu’il ne se voyait plus vraiment jouer le titre.

À Mexico, Antonelli avait déjà gagné neuf Grands Prix en 2026, contre trois pour Russell, et comptait 130 points d’avance sur lui. Ce sont ces chiffres-là qui me frappent. Je repense aux années où Russell attendait que Mercedes lui donne une voiture pour jouer le titre. Quand elle est enfin arrivée, c’est son équipier de 20 ans qui a saisi l’occasion.

Ce que j’ai entendu à Interlagos

J’ai trouvé sa colère compréhensible. Le muret lui a demandé de lever le pied alors qu’il rattrapait Alexander Albon, puis la pluie a repris. Russell pense qu’il avait la pole au bout de ce tour. Il avait déjà échoué à neuf millièmes de Hamilton à Mexico. À Interlagos, il a fini à 204 millièmes de Norris. Il a aussi pris soin, devant la presse, de dégager la responsabilité de son ingénieur. C’est un détail qui compte quand on a entendu le ton de sa radio.

Mais je crois que la tempête Antonelli a complètement déstabilisé Russell. Je l’ai rarement entendu aussi à vif. Ce samedi, il savait déjà qu’une pénalité moteur lui coûterait cinq places. La pole lui aurait valu de partir sixième au lieu de septième. Pourtant, il a dit combien elle aurait compté pour lui après Mexico. Je le comprends. Quand le gamin de 20 ans dans le garage d’à côté s’assure le titre dès sa deuxième saison, signer le meilleur temps, même pour partir en troisième ligne, peut faire du bien au moral, mais aussi et surtout à l’égo…

À mes yeux, Antonelli a pris la place de numéro un officieux chez Mercedes. Il l’a prise en course sur la piste, notamment ces dimanches où Russell faisait du bon travail et où l’Italien trouvait encore le moyen de finir devant. J’ai eu tort de croire que l’expérience de Russell ferait pencher la balance cette année. Je ne serais pas surpris de le voir gagner à nouveau. Ce que j’attends de voir, c’est s’il peut battre Antonelli sur la durée, maintenant que c’est à lui de renverser le rapport de force.

Je me demande si Russell n’a pas laissé passer sa seule chance de jouer le titre. Après quatre saisons d’attente, Mercedes lui a enfin donné une voiture capable de gagner régulièrement. Il peut revenir plus fort en 2027, mais personne ne sait encore si sa prochaine Mercedes lui permettra de se battre pour le championnat.

Cesare Ingrassia

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Journaliste spécialisé en Formule 1 depuis 2014, j’ai couvert de nombreux Grands Prix et suivi l’actualité du paddock au plus près. J'écris désormais pour La Gazette F1 avec une priorité : proposer une information fiable, vérifiée et sourcée.

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