Le remplacement d’Esteban Ocon par Ryō Hirakawa pour la fin du week-end à Mexico soulève beaucoup de questions. En attendant les explications des personnes concernées, une exigence devrait pourtant s’imposer à tous : leur laisser la parole et les traiter avec respect.
Quelques lignes de communiqué, un changement de pilote avec effet immédiat et, aussitôt, l’envie de comprendre. Je la partage. Voir Esteban Ocon remplacé chez Haas en plein week-end de Grand Prix appelle forcément des questions. Mais la surprise ne nous donne pas les réponses.
Pour l’heure, Haas a annoncé que Ryō Hirakawa prendrait le relais pour les séances restantes à Mexico, sans en préciser la raison. L’équipe a également indiqué qu’elle ne ferait pas d’autre déclaration à ce stade. C’est peu, et c’est frustrant pour ceux qui suivent la Formule 1. Cela ne nous autorise pas à compléter nous-mêmes ce qui manque.
Accepter de ne pas encore savoir
Esteban Ocon aura peut-être des choses à dire. Haas aussi. Leurs explications pourront se rejoindre, se compléter ou différer ; nous n’en savons rien aujourd’hui. Laissons-leur au moins la possibilité de les présenter avant de distribuer les responsabilités ou de prétendre raconter les coulisses de cette décision.
Je trouve préoccupante cette habitude de vouloir tout expliquer à la seconde où une annonce tombe. Une supposition est publiée, reprise ailleurs, puis répétée jusqu’à ressembler à une information. Le contexte disparaît et, au bout de la chaîne, des lecteurs sont persuadés de connaître une situation dont les principaux intéressés n’ont pas encore parlé.
On peut poser des questions, chercher à vérifier ce qui s’est passé et solliciter les protagonistes. C’est même notre travail. Mais une question sans réponse doit pouvoir rester une question. Écrire que l’on ne sait pas encore est parfois la seule manière honnête de rendre compte de l’actualité.
Le respect ne peut pas attendre les explications
Derrière le nom d’un pilote sur une liste d’engagés, il y a une personne. Derrière celui d’une équipe, il y a des femmes et des hommes qui travaillent ensemble, avec des relations et des responsabilités que nous ne connaissons qu’en partie. Leur exposition publique ne nous donne pas accès à tout, à tout moment.
Je pense évidemment à Esteban Ocon, qui mérite de pouvoir s’exprimer lorsqu’il le décidera (ou il le pourra). Je pense aussi aux autres personnes concernées chez Haas, ainsi qu’à Hirakawa, appelé à prendre le volant dans des circonstances sur lesquelles nous ne disposons pas encore d’explications. Aucun d’eux ne devrait avoir à répondre à des accusations construites sur des hypothèses.
Le respect n’interdit ni la critique ni les questions difficiles. Lorsque des faits seront établis, il sera temps de les examiner et d’en discuter. En attendant, je refuse que l’absence d’explications serve de prétexte à faire circuler des récits invérifiés.
À La Gazette F1, je préfère laisser une question ouverte plutôt que lui apporter une réponse sans fondement. Attendons qu’Ocon et Haas choisissent de s’exprimer. Nous pourrons alors écouter, confronter les versions et apporter du contexte. D’ici là, un peu de retenue serait la moindre des choses. Derrière cette annonce, il y a des êtres humains.
Cesare Ingrassia



