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« Bono », l’homme qui murmurait à l’oreille des champions

2 novembre 2026 à 19:27
Pete Bonnington avec Kimi Antonelli à Mexico en 2026
© Mercedes F1 Media

Ingénieur de course de Lewis Hamilton pendant les six titres mondiaux remportés par le Britannique avec Mercedes, Peter Bonnington accompagne désormais Kimi Antonelli, assuré de terminer en tête du championnat 2026 après Mexico. Derrière la voix connue de millions de spectateurs se trouve un parcours commencé bien avant la domination des Flèches d’Argent, auprès de Jordan, de Jenson Button et de Michael Schumacher.

À Mexico, le podium a réuni Max Verstappen, Lewis Hamilton et Kimi Antonelli. Pour Peter Bonnington, la présence des deux derniers avait une signification particulière. L’un a partagé avec lui douze saisons chez Mercedes. L’autre vient, dès sa deuxième année en Formule 1, de prendre une avance que ses adversaires ne peuvent plus combler au championnat. Entre ces deux générations, le même ingénieur a assuré le dialogue avec le cockpit.

« Bono », comme le paddock le connaît, a longtemps été identifié à Hamilton et à ses demandes de renseignements sur les pneus. Son travail auprès d’Antonelli permet de regarder plus largement une carrière qui traverse plusieurs transformations de la F1. Son expérience couvre des équipes de fond de grille, une structure sauvée de la disparition devenue championne du monde, le retour de Schumacher et les années de domination de Mercedes.

Peter Bonnington dans le garage Mercedes casque sur les oreilles
Peter Bonnington au travail dans le garage Mercedes. © Mercedes F1 Media

Des données de Jordan à la structure de Brackley

Bonnington entre en F1 chez Jordan en 2004 comme ingénieur chargé des données. Il rejoint Honda en 2006 en tant qu’ingénieur performance, dans l’environnement de Jenson Button et d’Andrew Shovlin. Il reste dans cette structure lorsque Honda se retire et que Brawn GP prend le relais en 2009. Button remporte alors le championnat des pilotes, tandis que Brawn gagne celui des constructeurs.

Il faut distinguer les responsabilités : Bonnington participe à cette campagne 2009 dans le groupe d’ingénieurs de Button, mais Shovlin est l’ingénieur de course du Britannique. Lorsque Mercedes reprend l’équipe pour 2010, Bono poursuit son parcours à Brackley. Il travaille auprès de Michael Schumacher, d’abord comme assistant, avant de devenir son ingénieur de course en 2011. Il occupe ensuite cette fonction pendant la dernière saison de l’Allemand, en 2012. Ces étapes précèdent son association avec Hamilton.

Une continuité rare dans une équipe plusieurs fois transformée

Honda, Brawn et Mercedes correspondent à trois identités successives d’une même implantation à Brackley. Pour les personnes restées en place, ces changements ont signifié de nouveaux propriétaires, des ambitions différentes et des périodes d’incertitude. Bonnington a connu cette évolution de l’intérieur. Son expérience ne s’est donc pas construite uniquement dans une écurie disposant de la voiture à battre.

En célébrant en 2020 la première décennie de son équipe d’usine moderne, Mercedes citait Bono parmi les ingénieurs toujours présents depuis son retour. Cette continuité concernait aussi Shovlin, Ron Meadows, James Vowles ou Riccardo Musconi. Elle rappelle que le développement d’une équipe repose en partie sur des personnes capables de conserver et de transmettre les méthodes de travail au fil des saisons.

Le parcours de Bonnington s’inscrit dans cette histoire collective : celle du site de Brackley, où sont préparés les châssis, et de sa collaboration avec Brixworth, chargé des groupes motopropulseurs. Les pilotes changent, mais une partie des connaissances accumulées reste dans l’organisation.

Schumacher avant Hamilton : deux champions, deux moments de carrière

Travailler avec Schumacher ne signifie pas avoir participé à la conquête de ses sept titres. L’Allemand les avait tous obtenus avant son retour chez Mercedes en 2010. Bonnington l’accompagne dans la dernière partie de sa carrière, lorsque l’équipe cherche encore à rejoindre les meilleures. Ils ne remportent pas de Grand Prix ensemble.

Cette distinction rend la transition de 2013 particulièrement intéressante. Hamilton arrive chez Mercedes après son premier titre gagné avec McLaren en 2008. Bono passe ainsi d’un septuple champion en fin de parcours à un champion déjà confirmé, mais dont l’essentiel du palmarès reste à construire.

Dans un entretien rapporté par le site officiel de la F1 en 2020, Bonnington décrivait son impression à l’arrivée de Hamilton à l’usine. Après Schumacher, qu’il considérait comme une légende, il voyait entrer un pilote à l’image de vedette internationale. Il soulignait pourtant surtout ce que les spectateurs ne percevaient pas : la capacité du Britannique à apprendre, à améliorer son travail et à progresser d’une saison à l’autre. Leur collaboration ne pouvait pas se limiter à exploiter un talent déjà établi.

La Mercedes de l'Allemand Michael Schumacher sur le circuit de Valence
Michael Schumacher au volant de sa Mercedes à Valence en 2012, durant sa dernière saison en F1. © Mercedes F1 Media

Ce que fait réellement un ingénieur de course

La radio ne montre qu’une partie du métier. L’ingénieur de course coordonne le travail autour d’une voiture et constitue l’interlocuteur principal de son pilote. Il doit rapprocher les sensations décrites au volant des informations analysées par les ingénieurs, puis organiser le programme et les ajustements nécessaires avec les spécialistes concernés.

Pendant les séances, il transmet les renseignements utiles sur les temps, le trafic, les consignes et l’état de la voiture. Le travail se poursuit lors des réunions et des analyses entre deux sorties. Un commentaire sur l’équilibre de la monoplace doit devenir une information suffisamment précise pour guider les décisions de l’équipe.

Il ne décide cependant pas seul de tout. La stratégie, la surveillance du moteur, l’analyse des pneumatiques et les réglages mobilisent plusieurs fonctions. Dans la présentation que Mercedes fait de ses ingénieurs de piste, ces responsabilités sont réparties entre différents spécialistes. Bono est souvent la voix que le public entend, mais les messages qu’il transmet peuvent résulter d’un travail bien plus large.

Hamilton et Bono : six titres en douze saisons

Leur première saison commune, en 2013, se termine avec une victoire de Hamilton en Hongrie. Le changement d’échelle intervient en 2014, avec l’arrivée de la réglementation hybride et la domination de Mercedes. Hamilton remporte les titres 2014 et 2015, puis ceux de 2017, 2018, 2019 et 2020. Bonnington est son ingénieur de course pendant ces six campagnes victorieuses.

La période ne se résume pas à une succession de championnats remportés. Nico Rosberg s’impose en 2016, interrompant la série de son coéquipier. En 2021, Hamilton perd le titre face à Verstappen à l’issue du dernier Grand Prix. Ces saisons appartiennent aussi à l’histoire du duo, au même titre que les années de domination.

De 2013 à 2024, Hamilton totalise 84 victoires avec Mercedes. Ce chiffre décrit son bilan avec l’équipe ; il ne faut pas l’attribuer intégralement à des courses disputées avec Bono à la radio. Marcus Dudley l’a notamment remplacé lors de certaines épreuves en 2019 et en 2022. De même, les huit titres constructeurs consécutifs de Mercedes, de 2014 à 2021, récompensent l’ensemble de l’écurie et le travail de ses deux voitures.

« Hammer Time », un code mis au point avec Hamilton

Peu de communications radio ont acquis la notoriété du fameux « Hammer Time ». Cette expression associée à Bono indiquait à Hamilton qu’il pouvait exploiter pleinement ses possibilités à ce moment de la course. Elle est devenue un signe de reconnaissance du duo, sans que son origine relève d’une formule préparée pour la télévision.

En 2023, Hamilton expliquait avoir lui-même proposé ce vocabulaire. Entendre qu’il devait pousser davantage le frustrait : il avait déjà le sentiment de le faire. Il souhaitait un message permettant de distinguer son effort habituel du moment où l’équipe lui demandait de tout utiliser. La référence à MC Hammer remplissait cette fonction.

Le même entretien illustrait la proximité construite avec Bonnington. Hamilton le décrivait comme un frère et insistait sur son calme pendant les courses. La confiance reposait sur des années de travail communes, y compris les mauvais jours. Une expression devenue célèbre donnait ainsi un aperçu d’un langage établi progressivement entre le pilote et son ingénieur.

Silverstone 2020, une victoire avec un pneu crevé

Le Grand Prix de Grande-Bretagne 2020 fournit un exemple concret de l’importance de ces échanges. Hamilton aborde le dernier tour en tête lorsque son pneu avant gauche cède. Il doit rejoindre l’arrivée avec une voiture bancale, tandis que Verstappen réduit rapidement son retard.

Bonnington lui communique l’écart avec la Red Bull. Hamilton expliquera ensuite avoir entendu cette avance diminuer à mesure qu’il tentait de conserver suffisamment de vitesse pour terminer. Il remporte finalement la course. Le problème ne pouvait pas être résolu depuis le garage : le pilote devait conduire avec les moyens disponibles, en disposant d’informations lui permettant d’évaluer la menace derrière lui.

Cet épisode montre une dimension différente du métier de Bono. À d’autres moments, il s’agit d’aider à rechercher la performance sur un relais ou une séance. Ici, l’enjeu immédiat consiste à transmettre une information exploitable pendant que le pilote gère une défaillance. La précision du message compte autant que son opportunité.

Silverstone 2024, l’émotion après une longue attente

Quatre ans plus tard, Silverstone donne une autre image de leur relation. Le 7 juillet 2024, Hamilton y remporte sa première victoire depuis le Grand Prix d’Arabie saoudite 2021. Cette neuvième victoire à domicile met fin à une période sans succès qui a accompagné les difficultés de Mercedes sous la réglementation introduite en 2022.

Après l’arrivée, Bonnington ne cache pas son émotion. Interrogé par Sky Sports, il décrit les progrès accomplis par petites étapes et le travail effectué sur les réglages. Le résultat s’est construit au fil du week-end et dans une course disputée dans des conditions changeantes. Il met aussi en avant la gestion des pneus de Hamilton dans la dernière partie de l’épreuve.

Leur réaction dépasse alors les échanges techniques habituels. Elle intervient pendant leur dernière saison ensemble, le départ du pilote chez Ferrari étant déjà annoncé. Les années sans victoire et les efforts nécessaires pour retrouver ce résultat donnent à cette course une place particulière dans la fin de leur collaboration.

Bono (Pete Bonnington) et Lewis Hamilton sur le podium du Grand Prix de Grande-Bretagne en 2024
Peter Bonnington et Lewis Hamilton après la victoire du Britannique à Silverstone en 2024. © Mercedes F1 Media

La promotion de 2024 et le choix de rester chez Mercedes

Le départ de Hamilton pour Ferrari soulevait nécessairement la question de l’avenir de Bonnington. En août 2024, la situation est clarifiée : il est promu responsable de l’ingénierie de course chez Mercedes et reste dans l’équipe. Il ne suit pas Hamilton à Maranello.

Dans ses déclarations à l’époque, Hamilton reconnaît la portée personnelle de cette séparation, mais soutient le choix de son ingénieur. Leur relation demeure, même si leur travail quotidien doit changer. Il serait hasardeux d’en déduire des raisons contractuelles ou privées qui n’ont pas été rendues publiques.

La promotion élargit les responsabilités de Bono. Son rôle ne se limite plus à une seule association pilote-ingénieur, tout en restant compatible avec un travail direct sur une voiture. À partir de 2025, il devient l’ingénieur de course de Kimi Antonelli. Mercedes conserve ainsi l’expérience d’un de ses principaux ingénieurs de piste au moment d’engager un débutant pour succéder à Hamilton.

Antonelli : une autre expérience à accompagner

Hamilton avait déjà gagné un championnat du monde lorsqu’il a commencé à travailler avec Bono. Antonelli débute en F1. Cette différence est essentielle pour comprendre la nouvelle association : le jeune Italien doit découvrir les exigences d’un week-end de Grand Prix, les procédures et les conséquences de ses choix dans un environnement très exposé.

Sa première saison, en 2025, comporte des difficultés sur lesquelles il est revenu après Mexico. Il a notamment évoqué le creux traversé à Spa et les interrogations auxquelles il avait dû faire face. Dans ses déclarations après la course mexicaine, Toto Wolff a rappelé que certains observateurs doutaient de sa préparation et de sa légitimité dans une Mercedes. L’équipe affirmait, elle, croire à son potentiel.

Le rôle de Bonnington s’inscrit dans cet accompagnement, sans qu’on puisse lui attribuer seul la progression du pilote. Antonelli a insisté sur l’importance de l’ensemble de son groupe de travail, des ingénieurs aux mécaniciens. La préparation, les séances puis les analyses se déroulent dans ce cadre collectif. La présence de Bono apporte une continuité à un pilote qui apprend encore le championnat.

Pete Bonnington et Kimi Antonelli dans le garage Mercedes pendant un débriefing
Kimi Antonelli et Peter Bonnington dans le garage Mercedes. © Mercedes F1 Media

La Chine 2026, un podium qui réunit deux générations

La première victoire d’Antonelli en F1, en Chine en 2026, offre un point de rencontre entre les différentes périodes de la carrière de Bonnington. L’ingénieur représente Mercedes sur le podium. Hamilton y figure aussi. Dans une lettre ouverte adressée au jeune Italien après cette victoire, Gwen Lagrue, responsable du programme de jeunes pilotes de Mercedes, revient sur cette image réunissant le vainqueur, Bono et son ancien pilote.

La scène a une portée particulière sans qu’il soit nécessaire d’y chercher une passation officielle. Bonnington travaille désormais avec Antonelli, Hamilton court pour Ferrari, mais leur longue histoire commune reste visible. Le premier succès du jeune pilote constitue aussi une étape pour son groupe d’ingénieurs, chargé de transformer son potentiel en résultats réguliers.

Après Mexico, Antonelli a expliqué que les performances du début de saison lui avaient permis d’envisager une lutte pour le championnat. La première victoire puis la prise de la tête du classement ont contribué à sa confiance. Le résultat final repose sur une saison, au-delà de ce seul premier succès.

Pete Bonnington en arrière plan, l'ingénieur de Kimi Antonelli, au Grand Prix de Chine 2026
Peter Bonnington en arrière-plan, avec Kimi Antonelli et Toto Wolff au Grand Prix de Chine 2026. © Mercedes F1 Media

Mexico : un nouveau titre assuré avec un autre pilote

Le 1er novembre 2026, Antonelli termine troisième à Mexico derrière Verstappen et Hamilton. Avec 380 points après dix-neuf manches, il possède une avance mathématiquement suffisante pour être assuré de terminer en tête du championnat. Son trophée lui sera remis lors de la cérémonie annuelle de la FIA.

Dans ses déclarations, l’Italien souligne ce qu’il doit à Mercedes, à sa famille et aux personnes qui l’entourent. Il cite également Bonnington parmi ceux avec lesquels il a le privilège de travailler. Ces remerciements donnent une place à l’ingénieur, mais aussi aux autres membres d’un groupe qu’il décrit comme particulièrement uni.

La course a pourtant imposé plusieurs changements de situation. Antonelli a dû gérer son premier relais, puis une interruption qui a modifié le déroulement de son après-midi. Il a ensuite dépassé Charles Leclerc pour rejoindre le podium. Wolff a salué sa patience et sa capacité à agir au moment nécessaire malgré l’enjeu du championnat.

Pour Bono, ce résultat ajoute la campagne 2026 aux six saisons titrées vécues comme ingénieur de course de Hamilton. Il associe désormais son travail direct à deux pilotes assurés du titre chez Mercedes. Cela ne doit pas effacer les autres contributions : la voiture, le groupe moteur, le travail à l’usine et celui de George Russell font partie des moyens qui ont permis cette réussite.

Une carrière qui ne se résume pas à une voix à la radio

Le parcours de Bonnington permet de suivre plusieurs époques de la F1 contemporaine. Chez Jordan, il travaille sur les données. Avec Honda puis Brawn, il participe au groupe qui accompagne Button. Chez Mercedes, il devient ingénieur de course de Schumacher, partage douze saisons avec Hamilton, puis prend en charge Antonelli tout en exerçant des responsabilités plus larges.

Ces expériences ne sont pas interchangeables. Accompagner Schumacher lors de ses dernières saisons, Hamilton pendant ses années les plus victorieuses et Antonelli au début de sa carrière implique des situations sportives très différentes. Le point commun reste le besoin d’un dialogue précis entre le pilote et les personnes qui préparent sa voiture.

Le surnom « Bono » et les messages de « Hammer Time » ont rendu cet ingénieur identifiable bien au-delà du garage Mercedes. Mais les témoignages de ses pilotes renvoient aussi aux heures de travail que la retransmission TV ne montre pas. À Mexico, Hamilton et Antonelli se sont retrouvés sur le même podium. Bonnington avait été l’interlocuteur du premier pendant six campagnes victorieuses ; il accompagne désormais le second dans celle qui lui assure son premier titre.

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Journaliste spécialisé en Formule 1 depuis 2014, j’ai couvert de nombreux Grands Prix et suivi l’actualité du paddock au plus près. J'écris désormais pour La Gazette F1 avec une priorité : proposer une information fiable, vérifiée et sourcée.

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